École nationale supérieure des beaux-arts - Paris
différentes silhouettes de femmes, en ombres chinoises, viennent successivement prendre la parole. Discours intimes ou publics dans lesquels chaque personnage se met en scène lui-même, dans sa vie quotidienne ou ses fantasmes. En incarnant successivement tous ces personnages, j’ai voulu revenir à un principe d’image très simple, dense, expressif et enfantin : jouer à regarder l’ombre de son corps sur un mur. C’est une façon de se mettre en scène qui m’intéresse, car elle me paraît à la fois intime, pleine d’étrangeté, satisfaisante narcissiquement et libératrice. Ici, chaque ombre devient une sorte de figure symbolique aux contours nets, un emblème de personnage - elle laisse la place à la densité des textes qui ont tous une structure complexe ; ils sont pleins de ruptures de tons, de changements de rythmes, de contrastes. En effet, mes personnages mélangent avidement et intensément tous les registres : ils paraissent à la fois tragiques, ridicules, autoritaires ou au contraire fiévreux, déchirants. Il m’importe que tous les modes d’expression et de pensée cohabitent à valeur égale - les raisonnements intimes incohérents comme les remarques quotidiennes , les fantasmes comme le savoir théorique, les déclarations d’amour comme les discours politiques. Le titre À cause des conditions extrêmes est à prendre avec ironie, ou au contraire au premier degré le plus total. Les personnages que j’incarne ici mènent une vie plutôt banale et confortable, et pourtant ils ont tous le sentiment de vivre des situations cataclysmiques : le plus petit drame quotidien devient prétexte à l’élaboration d’une stratégie de "survie" ou d’une fausse théorie ; ils ont tous "un sens du drame anormalement développé" et se bercent même de leurs propres paroles pour faire monter de force en eux les émotions, pour s’auto-émouvoir.